Le bois, ce matériau vivant qui défie le temps

En tant qu’artisan, je n’ai pas choisi le bois par hasard pour servir de base à la réalisation de mes créations. Contrairement à d’autres matières « stables » comme le plastique ou le métal, la structure du bois évolue au fil des années… même après l’abattage de l’arbre ! Pour comprendre les raisons de cette longévité, petit retour aux fondamentaux.

Des conditions de développement favorables

A l’échelle macroscopique, la formation du bois s’explique en grande partie par un certain nombre de propriétés biologiques propres aux arbres, qui les distinguent des autres espèces : un important développement vertical, la formation d’une écorce protectrice ainsi qu’une espérance de vie supérieure à celle de la plupart des autres organismes vivants.
Les arbres peuvent en effet vivre très longtemps : ceux qui poussent dans les zones de haute montagne notamment, sont d’une exceptionnelle longévité, car le froid, la neige et le gel ralentissent leur processus de croissance.

Fibre et cellules connectées

Intéressons-nous à présent aux caractéristiques microscopiques du bois.
Ou plutôt, devrions nous dire, de la matière ligneuse de l’arbre.
Peut-être l’avez-vous déjà constaté en cassant ou sciant un morceau de bois : il est constitué d’une multitude de longues fibres, accolées entre elles de façon longitudinale – en lignes parallèles.
Cette fibre ligneuse, qui compose le tronc et les branches, est une substance complexe qui doit sa formation à l’existence et au fonctionnement de cellules spécifiques, regroupées en des sortes de vaisseaux accolés.
De forme allongée, ces cellules communiquent entre elles.
Mais c’est dans leur vieillissement que réside le secret de la partie la plus noble du bois, que l’on appelle le bois parfait.

L’œuvre du temps

Progressivement, au fil du temps, ces cellules se lignifient, s’enrichissent de minéraux et d’autres substances protectrices. Puis, lorsqu’elles meurent, elles durcissent pour conférer à la fibre une certaine rigidité. Et ainsi de suite tout au long de la croissance de l’arbre… Ce lent processus physico-chimique aboutissant à la formation du bois est commun à toutes les espèces. Mais selon les essences, les propriétés et le comportement des cellules composant la fibre peuvent présenter des nuances. C’est ainsi que l’on retrouve des bois avec des caractéristiques mécaniques variées : plus ou moins denses, souples, élastiques, rugueux…

Il (se) travaille

Cette immense variété de types de bois est un merveilleux cadeau de la nature, qui donne toute sa valeur à mon travail d’artisan menuisier et tourneur.
Selon l’objet que je souhaite créer, son usage et son environnement futurs, le choix des essences n’est ainsi jamais fait par hasard et répond toujours à des contraintes techniques, mécaniques et esthétiques précises.
D’ailleurs, mon activité consiste principalement à travailler le bois pour le transformer en objet fini : je le découpe, le façonne, le ponce… mais sachez que le bois travaille aussi sans que intervention humaine ! Mêmes mortes, les fameuses cellules qui le composent restent en effet sensibles à l’humidité de l’air ambiant : ainsi, elles vont se dilater en présence d’eau ou au contraire se rétracter dans un environnement plus sec. L’espace qui sépare les cellules va également accueillir cette eau : ainsi, les bois « durs » qui ont une structure plus dense (moins d’espace entre les cellules) présentent moins de mouvements que d’autres types de bois.
Ce phénomène du bois qui « travaille »  pose un certain nombre de problèmes et c’est souvent quelque chose que l’on cherche à maîtriser ou limiter pour éviter les fissures, fentes ou jeux trop importants – notamment dans les métiers de la construction (charpentes, parquets…)
Mais on peut aussi tirer parti de ce comportement naturel pour certains usages spécifiques du bois. Parce que mon histoire personnelle y est intimement liée, je citerai l’exemple du bois de marine dont les conditions d’immersion nécessitent au contraire une humidification importante en amont, grâce à des techniques telles que l’enclavation ou le flottage.

Sans doute l’aurez-vous perçu à la lecture de cet article : j’éprouve un grand respect pour ce noble matériau qu’est le bois, tant ses caractéristiques me fascinent !
La place qu’il occupe dans notre environnement naturel et le rôle essentiel qu’il joue dans notre vie quotidienne font de lui un matériau peu ordinaire.
Même après l’abattage de l’arbre, il me semble important de toujours considérer le bois comme une matière vivante. Et je m’attache à continuer de le faire vivre à travers les objets qu’il me permet de fabriquer.

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